
Centre international de formation pour l'enseignement des droits de l'homme et de la paix
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16ème session
Droits de lhomme et pluralisme culturel: le défi dune éducation démocratique
La seizième session francophone internationale de formation du CIFEDHOP s'est tenue du 5 au 11 juillet 1998, à Genève, sous les auspices du Conseil de l'Europe. Le thème à l'étude était: "Droits de l'homme et pluralisme culturel: le défi d'une éducation démocratique". 40 participants et participantes provenant de 23 pays répartis sur quatre continents étaient présents à la session. Une équipe internationale composée de spécialistes oeuvrant dans les domaines du droit international des droits de l'homme, des sciences de l'éducation et de l'analyse socio-politique était chargée de l'encadrement.
Le Centre international de formation à l'enseignement des droits de l'homme et de la paix est une fondation créee en 1984 par l'Association mondiale pour l'école instrument de paix (ÉIP), organisation internationale non gouvernementale dotée du statut consultatif auprès du Conseil économique et social des Nations Unies, de l'Unesco, de l'Organisation internationale du travail et du Conseil de l'Europe.
Le CIFEDHOP organise chaque année, à Genève, une session internationale de formation à l'intention des enseignants et des spécialistes de l'éducation aux droits de l'homme. Le Centre tient également des sessions régionales et nationales de formation en Afrique, en Amérique du Nord ainsi qu'en Europe de l'Ouest et de l'Est. L'édition des travaux se rapportant à ces sessions est assurée par la publication des revues Thématique et Perspectives régionales. Retour à la table des matières
II. Introduction générale au thème de la session
Wole Soyinka, prix Nobel de littérature 1986
Né en 1931 à Abeokuta, au Nigéria, Wole Soyinka est connu comme dramaturge, romancier et poète et aussi comme militant des droits de l'homme. Emprisonné de 1967 à 1969 pour avoir appelé à un cessez-le-feu lors de la guerre civile nigériane, jugé par contumace et accusé de haute trahison, l'intellectuel engagé continue encore aujourd'hui son combat. En dépit des menaces proférées contre sa personne, il continue de lutter pour le rétablissement de la démocratie dans son pays. Homme exilé, Wole Soyinka vit actuellement aux États-Unis.
Homme engagé, adversaire acharné de l'oppression que subissent les minorités culturelles dans son pays, Wole Soyinka estime que la mise au ban du racisme et l'éradication des inégalités entre les êtres humains ainsi que des structures qui les supportent constituent les grands défis de notre temps. Cet affront à la condition humaine, souligne-t-il, ne saurait se prolonger dans la conscience du vingt-et-unième siècle. Les peuples, aux multiples appartenances, ont tous le droit à la démocratie et à la paix, affirme-t-il.
Le monde moderne dit "civilisé" aurait tout intérêt à faire son examen de conscience, laisse entendre Soyinka. Les petites communautés hâtivement qualifiée de "primitives" n'auraient rien à envier à nos sociétés "développées" si on considère les massacres, les tueries dont ces dernières ont été à la fois les acteurs et les témoins au cours de ce siècle: bombardements de populations civiles, mines anti-personnel, violence urbaine meurtrière, etc. Où est le sens de l'éthique dans ce scénario, cette culture martiale? - se demande le récipiendaire du prix Nobel.
Les séquelles du colonialisme constituent une autre manifestation de la négation de la "différence" culturelle et un refus d'apprendre de l'Autre. Le modèle imposé de développement a éradiqué la vie culturelle de bon nombre de populations africaines dont le peuple Ogoni, chassé de ses terres. Luttant contre les exactions du régime nigérian en place, ce peuple a fait entendre sa voix auprès des Nations Unies qui ont reconnu la justesse de leur cause.
À la veille du prochain millénaire, des concepts évoquant de nouveaux modes de comportement humain tendent à s'imposer tant au plan individuel que collectif, fait observer Wole Soyinka. Ainsi en est-il, par exemple, de ce soi-disant "village global". Peut-être que cette expression est légitime, valable, bien que le sens reste nébuleux, fait-il observer. Quoiqu'il en soit, il n'en demeura pas moins que le village global devra tirer ses racines dans chacune des communautés humaines de manière à ce que les richesses culturelles de chacun soient préservées au sein de cette globalité en gestation, de conclure Wole Soyinka. Retour à la table des matières
3.2 L'école et le rapport aux droits de l'homme
François Audigier, didacticien, Institut national de recherche pédagogique.
Problématique
L'enseignement des droits de lhomme constitue en quelque sorte un repère à partir duquel il est possible de réfléchir et d'agir pour que sexerce la liberté humaine. Les droits de lhomme sont le reflet dune conquête historique de la personne humaine revendiquant la libre expression de sa condition. Par ailleurs, cette quête de plénitude s'inscrit dans un procès, soit celui de l'établissement de la règle capable d'exprimer le consentement démocratique. Dans cet esprit, l'école, par les tâches qui lui sont attribuées, se trouve interpellée: elle instruit, certes, mais elle socialise aussi, d'où le défi de transmettre des savoirs qui libèrent des préjugés et contribuent à construire la loi.
Enjeux
L'école a pour double mission d'inscrire les enfants dans une continuité historique, "dans un déjà-là" et de favoriser la construction de l'autonomie du sujet. Il s'agit dun choix dordre éthique. Pour l'enseignant ou pour l'enseignante, le défi consiste à établir la correspondance entre les attentes des élèves et le respect de la règle, qui permet dasseoir la relation éducative sur des bases valables pour tous.
Questionnements
L'enseignement des droits de lHomme renvoie aux rapports de pouvoir dans la société civile en général comme dans la vie scolaire en particulier. S'agissant de l'école, l'établissement de la loi et son application, sans considération fondée sur la condition sociale, l'origine ethnique, la langue, la confession religieuse, etc., suppose que les rapports d'autorité jeunes/adultes s'inscrivent, eux aussi, dans un esprit de respect mutuel et de résolution non violente des tensions et des conflits. Ce discours n'est pas sans susciter des résistances. Il soulève par ailleurs un des enjeux majeurs de l'éducation à la citoyenneté et un des défis récurrents du maintien du droit par lequel s'exprime la loi.
Pistes
Apprendre le droit. Prendre en compte les représentations des enfants. Recourir à la médiation. Établir la règle. "Désinstrumentaliser" les structures de participation. Éduquer au débat. Soumettre le dilemme à largumentation, à l'obligation de la preuve. Retour à la table des matières
3.3 L'apprentissage du vivre-ensemble: du discours à la réalité
Françoise Lorcerie, chercheure, Centre national de recherche scientifique,
Problématique
L'apprentissage du vivre-ensemble et de la vie démocratique au sein de la communauté éducative est très étroitement associé à la représentation que l'on se fait de la mission de lécole. On peut, à cet égard, situer la dimension socio-politique de l'éducation et de la formation dans deux perspectives contradictoires. La première peut être qualifiée de "gradualiste", celle qui se fonde sur lidée selon laquelle lélève est un sujet en devenir. La seconde, par opposition à la première, peut être vue comme "non gradualiste". Dans le premier cas, la mise en uvre des droits est réservée "pour plus tard", supposant ainsi l'idée selon laquelle l'enfant n'est pas prêt à être sujet de droit. Dans le second cas, on estime que ce même enfant est, au contraire, titulaire de droits et, par conséquent, soumis à des obligations vis-à-vis les autres. C'est la construction de la réciprocité.
Enjeux
Eu égard aux deux perspectives évoquées ci haut et, d'un même souffle, sous langle, cette fois, des droits de lhomme, quel est le but que devrait poursuivre un "maître juste" ? Tout en se gardant bien de tenir à ce sujet un discours réducteur, il paraît que le "non gradualiste", bien que préparant lélève pour l'avenir, reconnaît cependant que ce même élève est "déjà" capable de revendiquer ses droits et d'assumer ses obligations. Cette position n'est pas que théorique; elle tire aussi sa légitimité de l'expérience de la relation à l'Autre, celle de la parole libérée, de l'expérience de conflits et d'apprivoisement des divergences. Ce faisant, lenfant développe sa capacité de dialoguer et, partant, son rapport à la différence, parvenant ainsi, progressivement, à harmoniser sa singularité à son rapport au monde.
Questionnements
La réunion d'un certain nombre de conditions paraît nécessaire pour mettre en pratique une pédagogie de la coopération. Des obstacles, facilement repérables, paraissent, du moins au départ, interroger la faisabilité dune telle entreprise. Notons, au passage, les classes aux effectifs surchargés, l'indifférence de lentourage, la non-participation des parents ainsi que l'influence non négligeable dans l'école du "curriculum caché" qui fait que l'on dit le contraire de ce que l'on fait et que l'on fait le contraire de ce que l'on affirme.
Pistes
Renforcement de la communauté éducative de proximité. Intégration des parents au projet éducatif de lécole. Imputabilité des formateurs. Prise de parole. Atténuation les différences au profit d'une culture de l'universel. Retour à la table des matières
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